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De l’ordinaire naît le regard

15 août 2026

J’ai commencé la photographie par tâtonnement, comme beaucoup — d’abord seul, en apprenant sur internet, notamment via YouTube, puis à travers des formations dédiées à certains sujets, avant d’intégrer finalement une école de photographie, l’ETPA à Toulouse.

C’est là qu’on nous a proposé un exercice qui allait durablement changer ma façon de voir : un sujet à traiter chaque semaine, pendant un an. Chaque rendu était ensuite présenté à la classe, confrontant la vision de l’auteur à celle des autres — les spectateurs — et à celle de notre professeur.

Le sujet en question : un « dimanche ordinaire ». Toute liberté nous était laissée quant à son traitement. L’intérêt de ce type d’exercice ? Observer le regard des autres, et comprendre — par la critique, parfois inconfortable — comment affiner sa propre vision, et par extension, sa production.

Forcément, en traitant un sujet aussi vague, les premières sessions produisaient les images attendues, mais hélas banales : vide-grenier, marché, balade en forêt, scène de famille… Des clichés au sens propre comme au figuré.

C’est avec l’acquisition de connaissances techniques et de prise de vue que ces images ont commencé à évoluer — à devenir plus personnelles, à porter une véritable identité visuelle. Cet exercice a éduqué mon œil autant que la découverte des grands photographes et de leurs univers respectifs. Certains m’ont marqué plus que d’autres : Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Sally Mann, Sebastião Salgado, pour n’en citer que quelques-uns.

Les stages que j’ai pu réaliser en laboratoire ont eux aussi nourri mon regard, en m’imprégnant de la façon de faire des autres, avant de la transcrire — consciemment ou non — dans mes propres travaux.

Les expositions ont elles aussi joué un rôle important dans cette éducation du regard. Qu’elle porte sur le travail d’un photographe, d’un peintre ou d’un architecte, toute image peut avoir un impact sur celui qui la regarde. Si les grandes expositions se concentrent souvent à Paris ou dans les grandes villes, visiter les musées des beaux-arts en province peut aussi être une excellente idée.

Dans le même esprit, les festivals de photo constituent une autre façon de nourrir son œil. La France en compte d’ailleurs plusieurs, parmi lesquels Paris Photo, MAP à Toulouse, les Rencontres d’Arles ou encore Visa pour l’Image à Perpignan (attention, ce dernier est dédié au photojournalisme : certaines images peuvent être crues et ne conviennent pas à tous les publics).

Ce que j’en retiens

Le meilleur appareil est celui que l’on a toujours avec soi — qu’il s’agisse d’un smartphone ou d’un boîtier argentique importe peu. Ce qui compte, c’est d’être en mesure de capturer l’instant, et d’être pleinement conscient de son environnement.

Un événement peut survenir n’importe quand. Mais une pratique régulière permet d’en anticiper certains — de sentir, presque instinctivement, qu’un instant s’apprête à devenir une image.

Ce travail d’éducation du regard ne s’arrête cependant jamais vraiment : ce n’est pas un objectif que l’on atteint une fois pour toutes, mais une démarche continue, qui se nourrit d’une exposition constante à de nouvelles images.

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