
Mes débuts
J’ai commencé l’argentique en 2014. À cette époque, je découvrais cette pratique avec un Zeiss Ikon Nettar S, un moyen format à soufflet au format 6×9 appartenant à mon beau-père. Les films étaient encore bon marché : un pack de 5 Tri-X en 120 me coûtait alors la bagatelle de 30 €.
C’est à ce moment-là que j’ai rencontré mon ami Jean, un passionné de longue date qui m’a fait découvrir et pratiquer une multitude de matériels et de techniques. Il m’a guidé, m’a appris les rudiments de la prise de vue et du traitement noir et blanc, et m’a initié au tirage baryté ainsi qu’aux procédés alternatifs. Nos sorties photo étaient des moments que j’affectionnais particulièrement. Malheureusement, avec le temps, les enfants et le travail, je n’avais plus vraiment la marge nécessaire pour poursuivre nos balades et nos discussions.
En parallèle, j’ai intégré l’ETPA, où j’ai pu parfaire mes connaissances et ma pratique, aussi bien en argentique qu’en numérique. Les acquis que j’avais déjà en poche se sont révélés un atout précieux : j’ai même réalisé la majeure partie de mon sujet de fin d’études sur film, entre 135 et plan-films, avec un peu de moyen format numérique en complément. Par chance, le sujet de mon épreuve de chimie portait justement sur le développement des films noir et blanc — un sujet que je connaissais par cœur.

Une pratique personnelle, jamais professionnelle
Diplômé, je n’ai jamais pratiqué la prise de vue argentique dans un cadre professionnel — uniquement dans une démarche personnelle. J’ai eu la chance d’avoir entre les mains de nombreux appareils, certains devenus de véritables légendes, comme l’Hasselblad XPan, l’Hasselblad 503CX ou le Nikon FM2 ; d’autres plus communs, comme le Mamiya C330, le RZ67 ou le Bronica ETRSi ; et enfin certains plus méconnus, comme le Minolta Autocord CDS III — un bi-objectif au piqué exceptionnel, mais malheureusement peu adapté à la photographie couleur.
Une pratique de plus en plus difficile à maintenir
Avec les années, le prix des appareils, tout comme celui des films, a fortement grimpé. Mon négatif noir et blanc de référence, la Tri-X 400, a quasiment doublé de tarif, tandis que ma pellicule couleur favorite, la Fuji Pro 400H, a fini par ne plus être produite du tout. La chimie argentique n’a pas échappé à la tendance, avec des prix eux aussi multipliés par deux.
Le Canon EOS 3 que j’avais acheté pour mes études, puis revendu peu après l’obtention de mon diplôme, a vu sa valeur doubler en moins de cinq ans. Certains matériels sont même devenus introuvables, ou proposés à des tarifs exorbitants — le cas le plus flagrant étant celui de mon Minolta Autocord CDS III, acheté en 2015 pour 160 €, et qu’on ne trouve désormais plus en dessous de 400-450 €, uniquement au Japon.
Enfin, le dernier point qui a malheureusement porté un coup d’arrêt à cette pratique a été ma santé. Il ne m’est plus possible de transporter une chambre grand-format, son jeu d’optiques et son trépied. Même un moyen format — qu’il s’agisse d’un bi-objectif comme le Mamiya C330 ou d’un modulaire comme le Bronica ETRSi — n’est plus envisageable pour moi, en raison de leur poids et des contraintes qui les accompagnent, comme la nécessité d’avoir une cellule et un trépied pour en tirer le meilleur.
Désormais, je me contente d’un petit Fuji X100VI au quotidien, et d’un bon vieux Canon 5DS R quand cela s’avère nécessaire.

Ce que j’en retiens
J’affectionne toujours la pratique argentique, autant au laboratoire qu’en prise de vue. Hélas, elle est devenue trop fatigante, trop coûteuse et trop chronophage pour que je puisse continuer à la pratiquer sereinement.
Si vous débutez l’argentique en 2026, amusez-vous avant tout. Trouvez un appareil d’occasion pas trop onéreux pour commencer, procurez-vous un lot de matériel d’occasion pour le développement de vos films (spires, cuve, broc, bouteilles), et s’il en existe une près de chez vous, rejoignez une association pour apprendre auprès de ceux qui pratiquent déjà. Préférez des négatifs bon marché, comme ceux produits par Foma ou Ilford, pour vos débuts : une erreur peut toujours arriver lorsqu’on démarre.
